Le projet INTERCONNECT prend fin

24 mars 2021

Le projet INTERCONNECT a pris fin. Les membres du LIVE y participant, notamment Jean-Nicolas BEISEL et Cybill STAENTZEL, nous proposent le petit résumé suivant.

OBJECTIF PRINCIPAL

Le projet INTERCONNECT (« Interconnections d'infrastructures fluviales, usages et biodiversité en coévolution ») visait à analyser les évolutions de la biodiversité rivulaire et des activités humaines dans les espaces fluviaux en interaction avec l’évolution de diverses infrastructures de transport et de production d’énergie. L’objectif final était de proposer des mesures d’adaptations des infrastructures favorisant la restauration de biodiversité, tout en prenant en compte les usages humains.

LES INTERVENANTS

Le projet INTERCONNECT a été dirigé par Andréas Huber et réalisé par des personnels de trois entités : EIFER, EDF et ENGEES/LIVE (Université de Strasbourg)

EIFER Europäisches Institut für Energieforschung EDF-KIT EWIV, Karlsruhe, Allemagne
Andreas Huber
Manon Pons
Sebastian Weber 

EDF – CIH (Centre d’Ingénierie Hydraulique), Chambéry, France
Carine Granier
 
ENGEES/LIVE (Laboratoire Image Ville Environnement), Strasbourg, France
Jean-Nicolas Beisel
Cybill Staentzel
Grzegorz Skupinski (CNRS/LIVE)

Anaïs Walch

Les personnels de l’ENGEES/Université de Strasbourg sont toutes rattachées au laboratoire Image Ville Environnement (LIVE, UMR 7362 Unistra – CNRS – ENGEES) où l’essentiel du travail sur les aspects de biodiversité a été réalisé.


SITES ET OBJETS D’ETUDE

Les terrains d’études pour conduire cette analyse se situent sur le Rhin Supérieur, là où il marque la frontière entre la France et l’Allemagne, ainsi que sur le Danube et l’Inn, un de ses affluents, dans la zone frontalière entre l’Autriche et l’Allemagne. Une première étape sur les trois que comportait ce travail a été pour l’équipe pluridisciplinaire d’examiner les changements de biodiversité sur les 6 sites sélectionnés. Les investigations concernaient trois compartiments biologiques : la forêt alluviale, les macroinvertébrés benthiques et les poissons. Les six sites ont été choisis et analysés pour trois dates sur la période 1945/2018: Jochenstein-Engelhartszell (Danube), Passau-Ingling (Danube/Inn), Obernberg-Mullheim (Inn), Strasbourg-Kehl (Rhin Supérieur), Beinheim-Iffezheim (Rhin supérieur) et Kembs-Efringen-Kirchen (Rhin Supérieur).

 

Fig.1 – Localisation des sites d’étude (extraite de Beisel et al., soumis).

RESULTATS MAJEURS

LOT 1 – EVOLUTIONS ET TRAJECTOIRES DE LA BIODIVERSITE EN REGARD DES INFRASTRUCTURES

C’est l’analyse de la forêt alluviale riparienne qui a permis les suivis d’évolution de biodiversité les plus complets et les plus informatifs. Les autres compartiments présentent des données plus lacunaires et dont les changements, régis par de multiples facteurs putatifs, ne peuvent être assignés aux seules infrastructures linéaires. La constitution et l’analyse d’un jeu de données sur l’importance de la forêt alluviale au sein des matrices paysagères à l’aide de méthodes spatiales ont ainsi été le cœur du travail écologique. Les résultats montrent que les surfaces de forêt ont augmenté ou à peine diminué sur l’ensemble des sites au cours de la période étudiée. L’utilisation inédite de matrices de transition a mis en évidence les changements entre différents types d’occupation du sol. Une mutation de friches (après seconde guerre mondiale) et de surfaces agricoles abandonnées (déprise agricole) s’est opérée vers de la forêt (jeune), compensant ainsi la destruction d’une partie (ancienne) de celle-ci, pour des surfaces entre 7,3 et 26,5 % selon les sites. Une conséquence a été que les surfaces forestières ont été morcelées et que les patches forestiers jouxtent aujourd’hui de plus en plus fréquemment des milieux très artificiels.

LOT 2 – RESEAUX D’INFRASTRUCTURES ET USAGES

Dans une deuxième étape, nous nous sommes intéressés à la relation entre les réseaux d’infrastructures et les différentes activités humaines à leur contact, qu’il s’agisse d’usages économiques ou de loisirs. Les résultats montrent des caractéristiques distinctes par site, mais aussi des tendances transversales d’usages et de leurs relations avec les infrastructures. Il est en particulier remarquable que certains types d’usages connaissent des trajectoires similaires de progression ou régression sur l’ensemble des sites observés. Ce constat nous a amené à catégoriser certains usages comme « gagnants » et d’autres comme « perdants » face à l’aménagement fluvial ou à l’équipement de production énergétique du cours d’eau. L’opposition entre usages mobiles dans l’espace versus des usages statiques semble la plus flagrante. Il y a une tendance au fort développement des usages qui se pratiquent de façon dynamique le long de la voie d’eau, que ce soit directement sur l’eau (principalement la navigation fluviale de plaisance, en particulier les croisières, mais aussi, et dans une moindre mesure, la pratique du kayak ou de l’aviron) ou sur ses berges aménagées (cyclisme, randonnées). Ces activités bénéficient directement de l’entretien des berges, de la connectivité transversale ainsi que de la modification des conditions hydrauliques liées aux ouvrages (structure en plans d’eau successifs).

LOT 3 – RECONCILIER LES USAGES AVEC LA RESTAURATION DE LA BIODIVERSITE

Pour aller plus loin, une approche plus prospective (étape 3) avait pour but d’explorer des possibilités d’adaptation infrastructurelles pour réconcilier les usages avec la restauration de la biodiversité. A cette fin, nous avons réalisé des analyses participatives sur deux des sites d’étude qui nous paraissaient particulièrement intéressants pour la complexité des enjeux qu’on y trouve : Strasbourg-Kehl et Jochenstein-Engelhartszell. Dans un premier temps, un « delphi de groupe » avec des experts en écologie nous a permis d’identifier les mesures de restauration écologique les plus prometteuses d’un point de vue scientifique. Dans un deuxième temps, deux focus groupes devaient s’organiser avec l’ensemble des parties prenantes afin d’évaluer les mesures proposées par les experts écologues. Un seul focus groupe (Danube) a finalement pu être réalisé dans le contexte actuel de la crise sanitaire (Covid-19). Parmis les résultats obtenus, la création de bancs de graviers semble être la mesure que les personnes interrogées sur le Danube considèrent comme prioritaire, compte tenu de sa pertinence écologique, des usages humains en présence et des infrastructures existantes. Selon les interrogés, le principe de la restauration des bancs de graviers combine de manière exemplaire les fonctions écologiques (frayère, habitat, dynamisation de la rivière) et les usages humains (principalement la baignade, la pêche) sans nuire aux infrastructures (mesure sélective en dehors du chenal de navigation).

Sur le Rhin Supérieur, la création et l’extension des zones protégées, ainsi qu’une modification de la gestion hydraulique, sont les mesures qui apparaissent comme pertinentes. Pour les experts écologues rencontrés en Allemagne, la priorité se situe dans l’amélioration de l’état des forêts alluviales relictuelles. A ces mesures s’ajoutent la réforme de l’administration allemande de voies navigables et de la navigation (WSV) et la restauration de la continuité transversale en France.

CONCLUSIONS & PERSPECTIVES : NOS LIVRABLES

  • Deux articles sont en cours d'écriture, un autre est actuellement soumis à une revue:

Beisel J.-N., Staentzel C., Skupinski G., Walch A., Pons M., Weber S., Granier C., Huber A. Evolution of relict floodplain forest in river stretches of Western and Central Europe face to river infrastructure networks.


Abstract We studied the impact of infrastructure networks on relict floodplain forest along three stretches of the Upper Rhine (Kembs-Efringen-Kirchen, Strasbourg-Kehl and Beinheim-Iffezheim) and the Inn-Danube (Mulheim-Obernberg, Passau-Ingling and Engelhartszell-Jochenstein), each on the border between two countries. We analysed land use patterns within a 500 m wide buffer area along the main channel using photo-interpretation and compared the situations between the 1950s, 1980’s and 2010’s. Temporal changes were assessed with transition matrices and selected spatial metrics, including fragmentation indices. Over this period, forest area remained similar at three sites, increased slightly at two sites and decreased at one site. However, on average, 12.5 % of floodplain forest had changed location (range: 7.3 % (Engelhartszell-Jochenstein) – 26.5 % (Kembs-Efringen-Kirchen)). The natural development of unmanaged areas and agricultural abandonment after World War II has led to the emergence of young riparian forests along rivers. In the Upper Rhine region, the results showed asymmetry in these two factors, with unmanaged natural areas most important on the French side and agricultural abandonment on the German side. Along the Inn-Danube, agricultural abandonment has led to an increase or stagnation of floodplain forest areas. In most cases, development of transport infrastructure between the 1950s and 2010s has caused fragmentation of the forest area, reducing the relict forest to a patchy green corridor with reduced functionality and interfacing. To go further and improve the management of these relict forests, we have to investigate the interdependency between practices related to infrastructure operation and the role that biodiversity plays for stakeholders.

  • Des fiches d’aide à la décision – à destination des acteurs de terrain

Version françaiseVersion allemande

CONTEXTE DE L’APPEL A PROJETS

Dans le détail, cet appel à projet avait pour objectif de financer des recherches qui portent sur les interconnexions entre infrastructures linéaires de transport et leurs emprises (ILTe) d’un côté et la préservation de la biodiversité et des qualités paysagères de l’autre côté. Les ILTe étant ancrées dans une zone géographique précise, l’appel mettait en avant le caractère fortement territorialisé des infrastructures de transport qui « s’inscrivent dans un territoire vivant, marqué par ses dynamiques écologiques, paysagères et ses pratiques sociales particulières. » Résultant d’un enchainement d’évènements dans le temps, ces infrastructures possèdent un caractère historique qui, en tant qu’objets socio-techniques, « produisent leur propre histoire », marquée par des processus de renégociation et d’adaptation continue. L’appel à projet soulignait également le besoin de regards croisés sur différents types d’infrastructures afin d’évaluer l’existence de « synergies inter-infrastructure ». Ce caractère évolutif, territorialisé, et interdépendant des infrastructures et leurs impacts sur la biodiversité requiert une perspective rigoureusement interdisciplinaire au-delà de « la simple juxtaposition de disciplines scientifiques ». De plus, les partenaires de l’appel à projet rappelaient l’importance de « s’appuyer autant que possible sur des expériences concrètes » et les encourageaient à chercher la collaboration avec les opérateurs d’infrastructures ILTe), pour produire des résultats reproductibles au service des opérateurs des ILTe. Enfin, les équipes de recherche étaient aussi invitées à proposer des projets à collaboration internationale qui contribuent à une meilleure visibilité des avancées scientifiques en France, facilitent l’apprentissage mutuel entre chercheurs européens et permettent de mettre en perspective le savoir-faire des opérateurs d’infrastructures français avec les pratiques étrangères.

Les auteurs de l’étude tiennent à remercier pour leur soutien les gestionnaires de ce programme!